Les menstruations concernent la moitié de la population mondiale, mais restent encore aujourd'hui un facteur majeur d'inégalités sociales, éducatives et sanitaires dans de nombreux pays en développement. Selon des estimations de l'UNESCO largement reprises par l'UNICEF, environ une fille sur dix en Afrique subsaharienne manquerait l'école pendant ses règles, un absentéisme qui, cumulé sur une année scolaire, pourrait représenter jusqu'à 20 % du temps de classe. À l'échelle mondiale, la Banque mondiale estime qu'au moins 500 millions de femmes et de filles ne disposent pas des produits et infrastructures nécessaires pour gérer leurs règles dans de bonnes conditions.
En Guinée, si les données spécifiques à la santé menstruelle demeurent encore limitées, les indicateurs disponibles sur l'éducation, l'eau et l'assainissement dessinent une réalité préoccupante pour les adolescentes, en particulier en milieu rural. D'après l'UNICEF, le taux d'achèvement du primaire s'élève à 45,7 % chez les filles contre 62,7 % chez les garçons, et seulement 27 % des écoles guinéennes disposent d'un point d'eau amélioré. Depuis 2018, l'UNICEF et ses partenaires ont toutefois accompagné 657 écoles guinéennes dans la mise en œuvre d'initiatives de gestion de l'hygiène menstruelle, au bénéfice de plus de 65 500 filles , la preuve qu'une action structurée, à l'échelle communautaire et scolaire, peut faire évoluer durablement les pratiques.
C'est pour répondre à ces enjeux que Regard Sur Elle a initié le Programme Dignité Menstruelle, une initiative globale visant à améliorer la santé menstruelle, réduire la précarité menstruelle et promouvoir la dignité des filles et des jeunes femmes à travers une approche communautaire et inclusive.
Le programme comprend quatre axes d’intervention
1. Comprendre : renforcer les connaissances
Le manque d'éducation menstruelle contribue à la propagation de mythes et de pratiques néfastes. Dans la sous-région, une étude de l'UNICEF menée au Burkina Faso montre que 72 % des filles déclarent souffrir de stress, de fatigue ou de douleurs pendant leurs règles, et que 83 % participent moins en classe durant cette période. Nous travaillons à renforcer les connaissances des filles, des familles, des enseignants et des communautés sur la santé menstruelle, l'hygiène et la santé reproductive, afin de réduire ces impacts sur le quotidien et la scolarité des filles guinéennes.
2. Libérer la parole
Le silence autour des menstruations reste un frein majeur à l'égalité. Nous créons des espaces sûrs d'expression à travers des activités culturelle et artistique, les témoignages et les campagnes de sensibilisation, afin de normaliser le dialogue autour des menstruations et de lever la stigmatisation encore associée à ce phénomène naturel.
3. Accéder
L'accès limité aux produits d'hygiène menstruelle constitue un facteur important de précarité menstruelle, une réalité qui touche au moins 500 millions de femmes et de filles dans le monde selon la Banque mondiale. En Guinée, où seulement 27 % des écoles primaires disposent d'un point d'eau amélioré, ce défi se double souvent d'un manque d'infrastructures sanitaires de base. Nous facilitons la disponibilité de kits de dignité menstruelle et sensibilisons à leur bonne utilisation afin de réduire les risques d'exclusion scolaire et sociale.
4. Transformer
La transformation durable nécessite l'implication de l'ensemble des acteurs. L'expérience de l'UNICEF en Guinée, qui a permis à plus de 65 500 filles de bénéficier d'initiatives de gestion de l'hygiène menstruelle dans 657 écoles depuis 2018, démontre qu'une mobilisation coordonnée entre pouvoirs publics, écoles et partenaires produit des résultats concrets et durables. Nous mobilisons les autorités locales, les établissements scolaires, les entreprises et les organisations communautaires afin de renforcer les politiques locales et les initiatives en faveur de la santé menstruelle.
Une vision portée par les droits, l'égalité et le développement durable
Le Programme Dignité Menstruelle repose sur la conviction qu'aucune fille ne devrait voir ses menstruations compromettre son accès à l'éducation, à la santé ou à son épanouissement. En plaçant la santé menstruelle au cœur des enjeux de santé publique, d'égalité des genres et de droits humains, le programme contribue à créer un environnement où les filles et les jeunes femmes peuvent gérer leurs menstruations dans des conditions sûres, dignes et sans stigmatisation.
Cette vision s'inscrit dans les priorités définies par les Objectifs de développement durable (ODD), notamment l'ODD 3 (Bonne santé et bien-être), l'ODD 4 (Éducation de qualité), l'ODD 5 (Égalité entre les sexes) et l'ODD 6 (Eau propre et assainissement). Le programme privilégie une approche intégrée fondée sur l'éducation, la mobilisation communautaire, le renforcement des capacités et le plaidoyer, en cohérence avec les recommandations des principales organisations internationales engagées dans la promotion de la santé menstruelle. La publication, en 2025, par le Programme conjoint OMS/UNICEF de suivi de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène (JMP), de données mondiales dédiées à la santé menstruelle dans 70 pays illustre d'ailleurs la reconnaissance croissante de cette problématique comme un enjeu majeur de développement.
Pensé comme un modèle évolutif, le Programme Dignité Menstruelle est conçu pour être progressivement déployé dans d'autres communautés en Guinée. Son approche favorise le renforcement des capacités locales, l'appropriation des actions par les communautés et la mise en place de solutions durables, adaptées aux réalités du terrain. En consolidant les connaissances, en améliorant l'accès aux services essentiels et en mobilisant les acteurs locaux, le programme entend contribuer durablement à la réduction des inégalités liées à la santé menstruelle.
La réussite de cette ambition repose sur un engagement collectif. Institutions publiques, partenaires techniques et financiers, entreprises, organisations de la société civile, établissements scolaires et communautés sont appelés à unir leurs efforts afin de faire de la santé menstruelle un levier d'inclusion, d'égalité et de développement. Ensemble, il est possible de faire de la dignité menstruelle un droit effectivement garanti pour toutes les filles et toutes les femmes.